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Lundi 19 décembre 2005

Vaut mieux en rire

que de s'en foutre...

par Le larvaire publié dans : Entendu dans...
Vendredi 16 décembre 2005
Clin d'oeil
 
                   - « MP3 boosté »
 
                   (Courrier International - 15 décembre 2005)
 
                    
 
                   « Des seins siliconés, c'est bien. Des seins siliconés avec MP3 intégré, c'est mieux. »
 Courrier International  annonce la mise au point de lecteurs numériques en plastique souple qui pourraient être logés dans des prothèses mammaires. Dans un sein se cacherait le lecteur, dans l'autre la puce de stockage. La musique serait ensuite transmise aux écouteurs par la technologie sans fil Bluetooth via une télécommande placée au poignet.
Le responsable du projet n'a pas tort : « quitte à se faire poser des prothèses mammaires, autant qu'elles servent à quelque chose »...
 
 Oui, mais comment recharger l'appareil ? Energie solaire ? Mouvements du corps ?
par Le larvaire publié dans : Revue de presse
Mercredi 14 décembre 2005

Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien.

Un biscuit ça n'a pas de spirit, c'est juste un biscuit. Mais, avant c'était du lait, des oeufs . Et, dans les oeufs, il a la vie potentielle.

Selon les statistiques, il y a une personne sur cinq qui est déséquilibrée. S'il y a 4 personnes autour de toi et qu'elles te semblent normales, c'est pas bon.

Mon modèle, c'est moi-même ! Je suis mon meilleur modèle parce que je connais mes erreurs, mes qualités, mes victoires et mes défaites. Si je passe mon temps à prendre un autre modèle comme modèle, comment veux-tu que ce modèle puisse modeler dans la bonne ligne ?

Si tu téléphones à une voyante et qu'elle ne décroche pas avant que ça sonne, raccroche.

Je suis fasciné par l'air. Si on enlevait l'air du ciel, tous les oiseaux tomberaient par terre ... Et les avions aussi.. En même temps l'air tu peux pas le toucher ... Ca existe et ça existe pas.. Ca nourrit l'homme sans qu'il ait faim ... It's magic ...L'air c'est beau en même temps tu peux pas le voir, c'est doux et tu peux pas le toucher ...L'air c'est un peu comme mon cerveau !

Dimanche 11 décembre 2005
« Cette dictature du bonheur n’aboutit pas à rendre les gens heureux, mais à les rendre coupables : coupables de ne pas être heureux, de ne pas être assez riches, assez beaux, assez jeunes, assez sains, assez performants sexuellement. »
Pascal Bruckner
Dimanche 11 décembre 2005

Pour Bouchounette

 

Pourquoi Roger ?
Juillet 2004
 
 
 
            L’œil torve de Chloé regardait le tapis vomir les bagages des passagers du vol 852. Chaque seconde qui passait la rapprochait d’une insupportable vérité. Guillaume avait déjà posé ses deux vieux sacs sur le porte-bagages, il était en train de repousser avec violence un porteur qui tentait de s’en emparer et de passer illégalement la douane.
            Ils avaient passé une nuit blanche à l’aéroport de Marseille, où ils avaient rencontré cinq jeunes filles recrutées par une association humanitaire pour le bien-être des enfants du Niger. Guillaume constata non sans amusement que des tensions se faisaient déjà sentir au sein de leur groupe. Il eut tout juste le temps de se montrer cynique et prétentieux, il aimait inspirer ce genre de sentiments chez les filles plus jeunes que lui. Qu’une jeune fille aisée s’engage dans une action humanitaire pour alphabétiser l’Afrique en trois semaines et par là soulager sa culpabilité bourgeoise, c’était si peu original…
            Une quadra brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire leurs prénoms inscrits au feutre bleu. C’était leur contact, Françoise, chef du service de biologie de l’hôpital National de Niamey où Chloé et Guillaume s’apprêtaient à passer six semaines. Ses rides nasogéniennes évoquaient un atavisme australopithèque qui contrastait avec ses yeux bleus de jeune fille rêveuse.
 
            Une heure plus tard, ils étaient à l’hôpital. Chloé souhaitait commencer une vie nouvelle et oublier la disparition de ses vêtements, de son maillot de bain, de ses tampons, de sa savarine, de ses répulsifs anti-moustiques et de la moitié de son argent. Elle n’avait pour bagages que les vêtements qu’elle portait, une culotte, une brosse à dent et quatre romans que ses parents lui avaient recommandés.
            Ils furent présentés dans le service de biologie comme de brillants émissaires d’un pays de haute technologie venus ici-bas pour répandre leurs connaissances théoriques randomisées parmi les zébus égarés.
            Les membres du service de biologie redoutaient Françoise comme les cancres redoutent le vieux professeur et sa règle en fer, et ils considérèrent naturellement les deux jeunes blancs comme ses nouveaux sbires. On sentait bien que les souris ne tarderaient pas à danser à la fin du mois, quand le chat rentrerait définitivement en France, et si son poste n’était pas repris dans les semaines suivantes, les efforts de deux années de travail seraient réduits à néant.
            Françoise leur expliqua la philosophie autochtone du donne-moi cadeau.
            Le service de biologie avait reçu de la part du Japon un centrifugeur d’une valeur de huit cent euros. Le lendemain, un technicien avait cassé un tube de sang dans l’appareil. Personne n’avait nettoyé. Cet exemple était révélateur : à l’image des enfants des écoles coraniques mendiant dans la rue, le pays entier se complaisait dans l’assistanat, à tel point qu’il pouvait sembler souhaitable de cesser toute aide humanitaire, comme une mère qui cesserait un peu cruellement d’allaiter son enfant pour réveiller son instinct de survie. Nous y reviendrons.
 
            Le repas de midi fut l’épreuve la plus difficile pour Guillaume, qui n’avait pas perdu sa valise. Il s’agissait en effet de déjeuner en toute commensalité à la table d’une famille étrangère dont l’hôtesse leur faisait la grâce de leur fournir le couvert et la moustiquaire pendant trois semaines. Il n’est rien de plus difficile que de témoigner de la reconnaissance envers quelqu’un dont vous ne savez rien et dont vous êtes absolument dépendant. Il s’agit pour la fierté d’une infantilisation régressive, ou d’une régression infantilisante, dans tous les cas intolérable. Inconsciemment, vous finissez  par haïr les personnes à qui vous êtes redevable, précisément parce que vous ne pouvez pas vous affranchir de votre dette.
            Alors que Françoise se montrait pleine de sollicitude envers ces jeunes Français fraîchement atterris et l’esprit encore rempli d’illusions, son mari, Roger, se montra beaucoup moins affable.
            Roger évoquait le poncif du coopérant colonialiste infatué pour quiconque le voyait se servir dans les plats avec les doigts, demander du pain en disant je veux du pain !, engueuler son nègre cuisinier et parler fort pour souligner la valeur et l’acuité de ses propos. Suspendu par une gaine, son abdomen pléthorique empêchait ses yeux froids de voir ses pieds en marchant, ce qui parfois peut être bien utile entre les marigots. Cette allégorie de la dégénérescence lipidique avait de quoi couper l’appétit.
            Roger avait rencontré sa deuxième femme en Chine, mais le romantisme s’arrêtait là. Après l’avoir engrossée trois fois consécutivement, cet homme l’avait suivi ici il y a vingt mois de cela. Il ne travaillait pas et le faisait payer à son entourage.
            On eut pu penser que l’apparition de ces deux jeunes têtes à claques constitua une distraction pour cet homme à la violence latente mais tangible. Guillaume fut horrifié quand Roger lui confia qu’il ressemblait à son fils aîné, Yann, qu’il défrayait de mille cent euros par mois, précisa-t-il. Quant à Chloé, il ne manqua pas de souligner sa stupidité d’avoir placé la moitié de son pécule dans une valise.
 
            Vous avez noté qu’il y avait des enfants. La stratégie d’intégration passe obligatoirement par les enfants. Les parents vous sont toujours reconnaissants de les soulager de leurs chiarniture, dont vous n’oublierez pas de vanter les prodiges et les bonnes odeurs. Guillaume avait emporté des bonbons à cet usage, un raisonnement inductif lui suggérait qu’on apprivoisait un enfant comme un animal domestique, en le nourrissant de sucreries et en le divertissant avec un bout de fil. Pour le reste, il se déchargeait sur Chloé et son expérience d’animatrice pour enfants hyperactifs.
            Le fils cumulait les handicaps : en plus du père sus décrit et sous-développé, il était précoce et ponctuait ses phrases de coups d’épaule, comme si un ver lui chatouillait la colonne cervicale. Ce garçon était jeune mais la Pythie lui promettait déjà une adolescence difficile, sa mère le savait également. Guillaume s’identifiait à ce petit animal pathologique.
            Les deux filles étaient quelconques et anodines.
 
            Leur séjour ne s’annonçait donc pas sous les meilleurs auspices. Après le dîner, Françoise les escorta dans leurs chambres et s’autorisa une nécessaire indiscrétion : « au fait, je ne vous ai pas posé la question : vous êtes un couple ? ».
Elle leur précisa qu’ils devraient partager leur salle de bain et les toilettes avec les enfants. Guillaume nota que la porte de la pièce n’avait pas de verrou, ce qui allait être psychologiquement dérangeant pour sa matinale défécation. Il discuta longuement avec Chloé avant de dormir, ils se posaient tous deux la même question :
 
pourquoi Roger ?
           
           
 
 
 
 
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