CHEZ L’ADOLESCENT
Sexualité normale
Sur le plan de la sexualité génitale, c’est à l’adolescence, au moment de l’avènement de la puberté physiologique qu’a lieu la découverte ou la redécouverte, pour certains qui l’ont déjà expérimenté dans l’exploration de leur corps d’enfant, du plaisir sexuel auto-déclenché ou partagé dans des relations interindividuelles au cours des premiers flirts, des premières relations amoureuses, des premières relations sexuelles.
Ces événements physiologiques habituellement bien vécus peuvent être angoissants, honteux, voire traumatisants pour certains, en particulier en cas de défaut d’accompagnement, c’est-à-dire défaut d’information, voire de dissimulation de la part des parents, de la Société, rendant la curiosité normale de l’enfant culpabilisante pour lui. D’ailleurs souvent cet accompagnement et cette information seront réalisés par d’autres adultes que les parents, choisis par le jeune : adulte de confiance, grands parents, parents de pairs, voire très souvent par les pairs eux-mêmes.
Le médecin généraliste peut jouer ce rôle s’il manifeste un intérêt et une écoute attentive, une disponibilité pour ce type de difficulté.
Dans tous les cas, l’écoute des interrogations et des préoccupations de l’adolescent se doit de respecter le rythme de la maturation psychosexuelle notamment en préparant la fille à l’apparition des premières règles, et le garçon aux premières émissions spermatiques spontanées (pollutions nocturnes) ou déclenchées (masturbation). L’éducation sexuelle actuelle a trait aussi et parfois surtout, à des recommandations des adultes aux enfants concernant la prévention de la conception inopinée et les maladies sexuellement transmissibles grâce l’utilisation de contraceptifs et de préservatifs.
4La masturbation
→ Pour le garçon, elle permet la redécouverte des zones érogènes, de l’érection et du plaisir éjaculatoire, associée à des scénarios imaginaires ; elle peut être honteuse, culpabilisante et donc anxiogène, voire entraîner des plaintes somatiques si elle est vécue comme une faute par rapport à un interdit réel ou supposé ou simplement à une hypervigilance parentale.
Dans des cas extrêmes, notamment avec absence ou excès masturbatoire, cette culpabilité peut être à l’origine de dysmorphophobies (taille du pénis), voire d’idées délirantes quand elle survient sur des personnalités antérieurement fragiles.
→ Pour la fille, la découverte du plaisir solitaire est moins fréquente, peut être surtout moins reconnue, elle n'est pas seulement liée à la masturbation des organes génitaux, mais aussi à la découverte de sensations érotiques, liées à la stimulation de zones érogènes plus diffuses sur l’ensemble du corps, tout aussi culpabilisante et source aussi de préoccupations esthétiques parfois quasi délirantes.
4 Le premier flirt correspond à l’apprivoisement et à l’expérimentation du jeu de la séduction réciproque utilisant les rituels de parade, des attitudes donjuanesques, d’excitation et de dissimulation. Le vécu de ces premières expériences laissera une empreinte mnésique longtemps utilisée dans les fantasmes de plaisir, dans les vécus de gêne relationnelle de l’adolescent devenu adulte. C’est dire l’importance de son bon déroulement dans un climat de sécurité et de respect de soi et de l’autre.
4 Pour les mêmes raisons, les premiers rapports sexuels, ont une grande importance de par leur caractère inaugural et la mise à nu des corps. Ils peuvent avoir un effet traumatique immédiat et à long terme s’ils sont vécus dans l’insécurité ou la brutalité. Porteurs de symbole ils sont ritualisés dans certaines cultures qui exigent par exemple la virginité de la femme avant le mariage, d’où l’expression de certaines demandes (réfection d’hymen) faites à la chirurgie réparatrice.
L’impact de cette première expérience ne doit être ni banalisé (car elle influencera la vie affective ultérieure), ni dramatisé. L’exercice de la sexualité est un long apprentissage qui peut se perfectionner et réparer ses maladresses initiales par la répétition d’expériences. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, l’inhibition excessive comme l’exercice débridé, les passages à l’acte sans affect, sont souvent l’expression d’une psychopathologie.
La peur de la pénétration pour la fille, de l’insuffisance de ses érections pour le garçon, est fréquemment source d’angoisses à cet âge, elles sont souvent liées au décalage entre la représentation anatomique et la réalité physiologique.
La crainte de survenue d’une grossesse imprévue ou d’une contamination par le SIDA incite généralement les adolescents à l’usage précoce de moyens contraceptifs, de préservatifs. L’absence fréquente d’utilisation de ces moyens dans la tranche d’âge des 14-16 ans lors des premiers rapports peut relever d’une prise de risque ou d’une méconnaissance délibérée qui entrent bien dans la problématique adolescente (cf. chapitre "puberté") , voire de certains comportements pathologiques à cet âge.
Juridiquement le code pénal reconnaît aux mineurs de 15 ans révolus le droit de consentir librement à des relations sexuelles mais punit l’interlocuteur s’il est ascendant légitime, naturel ou adoptif, ou s’il a autorité sur lui ou s’il abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions. Une mineure, quel que soit son âge, n’a besoin d’aucune autorisation particulière, notamment parentale, pour la prescription de produits contraceptifs qui peuvent être délivrés à titre anonyme et gratuit par les centres de Planification ou d’Education familiales
agréés. Il en est de même par le dépistage et le traitement des maladies sexuellement transmissibles.
Reste que le souvenir du premier rapport sexuel sera d’autant plus satisfaisant qu’il traduira l’aboutissement d’une relation affective de qualité avec des moments, des espaces de jeu, d’humour et de dialogue permettant l’écoute réciproque du rythme et des attentes de chacun.